L’Irlande et les droits humains : discours et réalité. Appel à communications

Lorsqu’il a été réélu président de la République d’Irlande en novembre 2018, Michael D. Higgins, dans son discours inaugural, a déclaré: “Since we first joined the League of Nations – a centenary we will soon mark – and throughout our time in the United Nations, Ireland has won international respect through our work on peace-building, from disarmament to our leadership in addressing consequences of colonisation and the priority we have placed on humanitarian and human rights concerns.[1] Il est indéniable que ce rôle de défenseur des droits humains occupe une large place dans la manière dont l’Irlande se représente à l’étranger.

D’ailleurs, le rapport du gouvernement irlandais publié en 2018 fixant les objectifs à atteindre à échéance 2025, Global Ireland : Ireland’s Global Footprint for 2025, en atteste tout à fait. En effet, en bonne place à côté du développement du réseau diplomatique, du numérique, du tourisme et de la culture, on trouve deux axes principaux fixés par le gouvernement comme des objectifs à atteindre à échéance 2025 dans le but de gagner en influence sur la scène internationale: faire avancer les idéaux de paix, de respect des droits humains d’égalité et de justice d’une part et s’engager dans la lutte contre la faim dans le monde et le développement durable d’autre part.[2]  

L’attachement de l’Irlande aux droits humains s’inscrit dans les idéaux de la tradition républicaine auxquels l’Irlande adhère officiellement avec la constitution de 1937 qui fait référence aux droits fondamentaux dans ses articles 40 à 45. Cette dernière a été, par bien des aspects, en avance sur son temps en tant que première constitution à inclure la notion de dignité de la personne humaine, avant que la Déclaration universelle des droits de l’homme ou la Convention européenne des droits de l’homme n’y fassent à leur tour référence au lendemain de la 2e guerre mondiale, mais aussi à déclarer les droits familiaux, les droits à l’éducation et à la propriété comme des droits ayant force exécutoire.[3]

L’attachement de l’Irlande à la défense des droits humains est donc indéniable. L’objectif de cette conférence est double. D’abord, il s’agira d’analyser le rôle joué par l’Irlande dans la promotion des droits humains sur la scène internationale et nationale mais aussi de mesurer l’écart entre le discours et la réalité.

On s’intéressera donc d’abord aux institutions internationales auxquelles l’Irlande a pu prendre part (Société des nations, Conseil de l’Europe, Cour Européenne des Droits de l’Homme, Union Européenne, Organisation des Nations Unies) mais aussi à l’action des ONG pour voir en quoi son statut d’ancienne colonie, sa neutralité et son attachement aux questions d’aide au développement lui ont permis de faire entendre une voix différente au sein de ces institutions. On pourra s’interroger sur les modèles qui ont inspiré les Irlandais dans leur approche des droits humains mais aussi sur l’existence d’un modèle irlandais, ce que le Ministère des Affaires étrangères appelle ‘Ireland’s values and signature foreign policies’.

Cette conférence vise aussi à confronter la théorie à la pratique et à analyser dans quelle mesure ces idéaux sont défendus et mis en application par l’Irlande à l’échelle nationale. On pourra se pencher sur les droits humains comme discours et sur la manière dont ils ont émergé comme une préoccupation nationale, s’interroger sur la place faite à la sensibilisation à la question des droits humains dans l’éducation à la citoyenneté et voir en quoi l’approche irlandaise de la question des droits humains, s’il existe une approche spécifiquement irlandaise, peut ou a pu servir de modèle sous d’autres cieux. On peut par exemple penser à l’intérêt suscité en France par la Citizens’ Assembly au moment de la crise des gilets jaunes. De plus, les politiques sociales gouvernementales et leurs manquements, le sort réservé aux migrants, et aux demandeurs d’asile dans le cadre des Direct provisions centres, le droit des femmes et des minorités, les travaux de l’Irish Human Rights and Equality Commission ainsi que ceux du Irish Council for Civil Liberties constituent une liste non exhaustive des thèmes qui pourront être soumis à une analyse critique d’un point de vue diachronique mais aussi synchronique en prenant en considération les défis lancés notamment par le Brexit.

Les propositions de communications ainsi qu’une courte biographie seront envoyées à charlotte.rault@ut-capitole.fr, bairbre.ni-chiosain@ut-capitole.fr et marie-violaine.louvet@univ-tlse2.fr avant le 31 mai 2020.


[1] Irish Times 13 Nov 2018

[2] “International development : Advance Ireland’s values and signature foreign policies, including the promotion of peace, disarmament, human rights, greater equality, and justice, developing our strategic interest in a safer, more peaceful, more equal, more prosperous world; and providing the basis for a successful campaign for election to the UN Security Council; contribute to the global fight against poverty and hunger, and the promotion of equality and justice and sustainable development, amplified in line with a well-managed expansion in our aid programme, working towards 0.7% of GNI by 2030” DFA, Global Ireland Ireland’s Global Footprint for 2025.

[3] Justice Susan Denham, ‘Some thoughts on the Constitution of Ireland at 75’ https://cdn.thejournal.ie/media/2012/06/20120629cj-speech.pdf